MARI

Friday, February 27, 2009

A propos du départ de Jean-Pierre Roth


Il va me manquer. J'avoue un faible pour le moustachu valaisan qui mettait dans les affaires monétaires une sorte d'accent terrien, et surtout un bon sens qui n'a pas trop mal réussi à la Suisse (quoi qu'il ne faille pas surestimer le rôle d'un seul homme à la BNS: c'est une machine bien huilée aux processus collectifs rigoureux).
En 2007, la Banque nationale célébrait son centenaire, et je l'avais interviewé sur les risques qu'on sentait enfler sans savoir encore qu'ils nous exploseraient à la figure quelques mois après:
Q: Les instruments financiers se compliquent, les effets de levier augmentent. Les nouveaux risques systémiques «n'ont pas encore été testés», entend-on. Avez-vous une vision claire de ce qui se passe?
R: La force des banques centrales est de dire la vérité. La réponse à votre question est clairement: non. Nous voyons ces évolutions, elles nous interpellent. (...)La seule attitude est que nous devons être prêts, autant que possible, à des retournements. C'est la responsabilité de chacun, j'insiste sur ce mot, car les banquiers centraux ne sont de loin pas les seuls acteurs impliqués.
C'était moins flamboyant que Greenspan, mais la BNS a montré par la suite qu'elle était au moins prête à réagir vite.
En juin 2007, j'avais trouvé Jean-Pierre Roth amaigri et les traits tirés, au point de me demander s'il couvait une maladie. Depuis, il semblait avoir remplumé. Aujourd'hui, je me repose la question quand même. Il aura passé treize ans à la direction générale et huit comme président: deux tranches de crise et une de calme au milieu.
Une fois le micro débranché en juin 2007, il m'avait dit, mi-plaisantant, en marchant vers la sortie: "J'éspère que les marchés tiendront jusqu'aux festivités du centenaire!" Ils ont tenu, juste.

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